Partie trop visible de notre iceberg gastronomique, ceux que nous appelons pompeusement grands chefs » s'affichent aujourd'hui plus facilement dans les médias que dans leur cuisine, afin de répondre aux exigences du
« terroir-caisse ».
Heureusement, la partie invisible de notre iceberg recèle une mine d'or dont les filons naissent au coeur de nos régions. Là, diverse et variée, notre cuisine bouge, change, s'affranchit, s'invente, et se partage au quotidien. Source inépuisable d'inspiration et de renouveau, cette cuisine devient un art entre les mains des vrais cuisiniers. Défenseurs d'une nourriture intelligente qui favorise les produits de proximité et de saison, ils nous rappellent que mieux cuisiner pour mieux manger rime avec santé. Pour cela, nous devons être animés par la volonté de lutter quotidiennement contre l'agriculture intensive, les pesticides et le micro-onde. Ce combat n'est pas anodin, il concerne notre santé et notre avenir. Nous devons en parler pour que cela avance. Manger bio, ce n'est pas consommer les mêmes produits version bio, mais vivre selon un mode bio. Cela ne coûte pas plus cher et nous aide à préserver la planète pour nos enfants.
Pour ce livre, nous avons donné carte blanche à trente chefs, femmes et hommes réunis autour des mêmes valeurs humaines: la simplicité, l'authenticité et l'amitié. Originaires et amoureux de leurs régions, ils tombent le tablier pour se dévoiler à travers leurs autoportraits. Abordables, refusant tou¬tes formes d'élitisme, leurs cuisines nous convient à un tour de France gourmand où le produit tient le haut de l'affiche.
A vous de jouer et de composer selon vos envies, avec les mets créés pour vous par ces femmes et ces hommes, artistes d'un indispensable éphémère qui donne du goût à la vie.
GÉRARD MÉLONI
LA CUISINE PASSION DE NOS RÉGIONS
Texte et photo GÉRARD MÉLONI
30 chefs 80 recettes
Éditions OUEST-FRANCE
Je viens d'une humble famille picarde. Indisciplinée au collège j'aidais à la cantine pour éviter les heures de colle. Je rêvais d'entrer aux Beaux-arts pour devenir artiste peintre mais la vie de bohème, n'était pas pour moi.
Première de ma classe au lycée hôtelier de Reims avec une formation complémentaire de diététicienne, mon origine modeste m'a empêchée de poursuivre mes études. Après l'envoi d'un CV, j atterri à Grenoble comme cuisinière dans un camp de vacances pour des jeunes Russes chrétiens. Séduite par la région, j'ai galéré avant de décrocher un poste dans un restaurant. Le chef, prof au centre de formation m'a enseigné le travail à l’ancienne et l'amour du métier. Après une escapade de deux ans comme seconde de mon compagnon Didier chef dans le Maine-et-Loire, j'ai reçu une proposition de l'Auberge Napoléon. Chef à 25 ans, c'était super, mais personne n'acceptait d'être commandé par une femme alors Didier est devenu mon second !
Quand je lâche les fourneaux, j'enfourche ma Yamaha 1200 FJ version side-car, customisée par notre ami Jean-Luc Billon, pour des virées avec les copains. L'amitié est le ciment de mon existence. Avec l'asso des sidecaristes, nous participons à des « jumbos » (baptêmes) pour l'Association des paralysés de France.
Avant de conclure, je dois parler de mes chattes, Lilou et Soléa, adoptées à l'âge de 15 jours et tout suite dans le side-car avec les biberons. Victimes d'allergies aux substances chimiques, elles m'ont fait prendre conscience de notre environnement. J'aimerais enrayer le processus de la malbouffe. Le bio est un mode de vie, d'ailleurs je poursuis une formation de naturopathe sur trois ans. Pas envie de changer, et le secret de bonheur c'est d'« en chier un petit peu ».
Agnès Chotin.