Auberge Napoléon

Restaurant gastronomique à Grenoble

Le Chef, Agnès Chotin, & Frédéric Caby - Premier Maitre restaurateur de l'Isère vous accueillent, pour dîner du lundi au samedi.

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le lieu.

un accueil convivial

l'histoire

Passage de Napoléon par Claude Muller

Le 7 Mars 1815 fut incontestablement un tournant décisif pour Napoléon, qui s’était échappé de l’Ile d’Elbe le 26 Février et qui, depuis son débarquement à Golf Juan, avait entrepris sa marche historique pour la reconquête du pouvoir.
Jusqu’en Dauphiné, il n’avait guère rencontré de difficulté en travers de sa route pour progresser. Non. Il avait été plutôt bien accueillit partout , hébergé, nourrit. Quand on descend sur la Côte d’Azur en empruntant ce belle itinéraire qui s’appelle maintenant la route Napoléon , grâce aux efforts conjugués des syndicats d’Initiative de Grenoble et de Nice on peut voir de nombreux établissements et commerces dont les noms rappellent cette chevauchée étonnante : relais de l’Empereur, Hôtels Napoléon, Cafés Napoléon, et j’en passe.
Et, un peu partout, tout le long du trajet des plaques du souvenir ont été scellées : ici napoléon s’est arrêté…Ici Napoléon s’est reposé deus heures… Ici l’Empereur a pris un repas…et ainsi de suite ! Là on vous montrera la chambre où il a dormi. Là , la table, la chaise et la pièce où il a mangé. Et là encore, un chaudron dans lequel il a pris un bain de pied !
Jusqu’en Dauphiné donc, Napoléon a progressé sans trop de problèmes une grande partie de la population l’accueillant chaudement, les autorités locales se montrant plutôt favorable à son retour. Les forces royales portées à sa rencontre pour l’arrêter étaient d’ailleurs insignifiantes et frisaient le ridicule. A Paris on se gaussaient en coulisses. A qui allait-il faire peur cet Empereur déchu, qui n’était plus que l’ombre de lui-même et qu’une poignée de fidèles plus ou moins bien armés accompagnait ? Ses chances de réussir son entreprise étaient jugées nulles ! Laissons le se ridiculiser davantage pensait-on dans l’entourage du roi. Et, le moment opportun nous l’arrêterons !
Ce moment opportun survint cependant bien plus tôt que prévu. Car la progression rapide de l’ex Empereur étonna et inquiéta vite la royauté restaurée abasourdie. Ordre fut donc donné à l’importante garnison de Grenoble de stopper cette progression inattendue, qui ne faisait plus rire du tout . Et c’est le 7ème de ligne, une belle et vaillante unité casernée à Grenoble, qui fut désigné pour se rendre au-devant du « rebelle revanchard » afin de l’arrêter une bonne fois pour toute.
Une simple formalité, pensait-on encore. Et pourtant…
Une formalité ? Voire ! Car les soldats, qui avaient tant servi leur Empereur sur tous les fronts le vénéraient toujours. Car la population, qui lui reprochait certes ses idées de grandeur et ses excès, n’avait pas oublié que tout ce qu’avait voulu la révolution Française, c’est lui finalement qui l’avait apporté : plus de justice, plus d’égalité, plus de fraternité, plus de liberté. Il avait crée le code civil. Il avait créer de nombreuses universités. Il avait fondé les lycées, lancé le baccalauréat. La France lui devait aussi les Ponts et Chaussées, le cadastre, les plans d’urbanisme. Et tant de choses encore. Dont la légion d’honneur ! C’est lui qui avait transformé la France d’avant 1789 en pays moderne. Issu du peuple il avait pensé au peuple…

Le 7 Mars 1815 donc, à 16 heures, le général Jean-Gabriel Marchand, gouverneur de Grenoble, sur instructions venues de Paris, donnait l’ordre au comte Charles de Labédoyère, colonel commandant le 7ème de ligne, d’aller avec ses troupes intercepter Napoléon qui marchait inéluctablement sur la ville en tête d’une cohorte grandissante depuis son débarquement six jours auparavant.
Labédoyère, qui se tenait prêt à une telle intervention, sortit immédiatement de la ville à la tête de son régiment, à la rencontre de l’ex-Empereur. Mais non pas avec le drapeau de la royauté que le restauration venait d’imposer à nouveau à la France, mais avec le drapeau tricolore déployé, celui de Napoléon, issu de la révolution, et tambour battant…
Quelques minutes à peine après avoir franchi les remparts de la cité, il arrêta ses soldats au niveau d’une petite auberge isolée dans la campagne. Il perça alors un tambour avec son épée et en sortit un flot de cocardes tricolores, qu’il fit distribuer à tous les hommes de troupe. D’un autre tambour , il sortit pareillement des aigles impériales, qu’il fit arborer aux hampes des nouveaux drapeaux tricolores sortis brusquement de dessous les uniformes. « Régiment en avant ! » cria-t-il ensuite. Et le 7 ème de ligne se porta au-devant de Napoléon. Tout observateur pertinent aurait pu le deviner : ce n’était pas pour le combattre, mais pour grossir ses rangs.
En souvenir de la scène des cocardes et des aigles, l’Aubergiste décida immédiatement de baptiser son établissement « A l’Aigle Impériale ». Mais les Grenoblois préférèrent l’appeler plus simplement « A l’Aigle ». L’auberge fut rasée en 1844, à l’occasion d’une extension de la ville. A son emplacement, les frères des écoles Chrétiennes construisirent un grand pensionnat qui, très rapidement, fut baptiser « pensionnat de l’Aigle » par la population. Et c’est finalement tout le quartier incorporé à la ville tentaculaire qui prit le nom de l’Aigle…

Mais revenons au 7 Mars 1815. Les troupes de Labédoyère (1) rencontrèrent Napoléon à Laffrey. Ce fut la rencontre historique. Et l’ex-Empereur fort du ralliement important du régiment grenoblois, marcha alors sur Grenoble. Bien des historiens ont décrit cette entrée, s’appuyant sur des témoignages multiples de l’époque, ne s’entendant pas toujours entre dans les détails. J’ai retenu pour ma part la version très sobre d’Auguste Prudhomme, archiviste départemental de l’Isère, publié en 1881 et digne de confiance :
« Vers 7 heures et demie du soir, les lanciers polonais de la garde impériale se présentèrent à la porte de Bonne, et quelques instants après à la lueur des torches de pailles portées par les paysans des environs, les soldats massés sur le rempart aperçoivent le général qui les a si souvent conduit à la victoire. Napoléon s’arrête un instant devant la porte fermé. Un officier en demi-solde, s’avance avec une hache pour l’enfoncer ; des ouvriers s’emparent d’une pièce de bois et s’apprêtent à en faire un bélier. « C’est inutile, dit-il. On ouvrira. Attendez !… »
« En effet, bientôt la porte s’ouvre et l’Empereur entre dans la ville au milieu d’un enthousiasme indescriptible. La foule le conduit jusqu’à l’hôtel de Trois Dauphins, tenu par un ancien soldat de l’armée d’Egypte, nommé Toussaint Labarre. »
Ce récit confirme la popularité dont bénéficiait Napoléon parmi la population : des paysans et des ouvriers l’ont accompagné jusqu’à la porte principale de la ville ; et, à l’intérieur de l’enceinte fortifiée, les citadins lui ont fait un accueil triomphal…
Mais, où se trouvait-il, cet hôtel des Trois Dauphins, qui s’était implanté à Grenoble dans les année 1780 ? Ici même, où nous nous trouvons aujourd’hui. Pour la petite histoire, l’enseigne des Trois Dauphins fut transférée en 1901 rue Félix Poulat lors de la création de cette artère, puis, plus tard à la Tronche. Mais il resta toujours ici, rue Montorge, un établissement hôtelier, qui prit tout naturellement le nom d’Hôtel Napoléon, son restaurant recevant plus tard celui d’AUBERGE NAPOLEON.
Mais retournons en 1815. Le 7 Mars 1815, en soirée, Grenoble était donc en liesse. Une partie importante de la population défila rue Montorge, lanternes et torches à la main , criant à tue-tête : Vive l’Empereur ! Et Napoléon dormit sans doute mal cette nuit-là. Certains historiens prétendent, sans preuve, que pour avoir la paix, mais aussi pour trouver la sécurité-on ne sait jamais- il se serait glissé dans les locaux de la préfecture voisine, qui étaient aussi ceux de l’hôtel de ville, ancien Hôtel Lesdiguières. C’est aujourd’hui le musée Stendhal.
Le lendemain matin très tôt, Napoléon, à la préfecture, se déclarait à nouveau Empereur des Français, décidait immédiatement de rétablir le drapeau tricolore, de réorganiser l’administration et l’armée, et de consolider son triomphe Dauphinois. Il fit mander Jacques-Joseph Champollion, dit Champollion-Figeac, frère ainé de Jean-François Champollion, qui allait un peu plus tard déchiffrer les hiéroglyphes ; Jacques-Joseph était alors bibliothécaire de la ville, professeur de littérature grecque à la création de l’Université des lettres par Napoléon, puis doyen de cette même faculté et membre correspondant de cette institut.
Les deux hommes se connaissaient déjà et s’appréciaient mutuellement . Napoléon demanda à Champollion-Figeac d’assurer la rédaction du Journal de l’Isère ainsi qu’une relation détaillée de son retour de l’Ile d’Elbe, d’après les instructions verbales qu’il lui dicta. Cette relation, aussitôt rédigée, fut approuvée par l’Empereur et publié dans le journal.
Jacques-Joseph Champollion ne chôma pas en ces jours de fièvre intense, convoqué à multiples reprises aussi bien à la préfecture qu’à l’Hôtel des Trois Dauphins. Car il fut chargé, en même temps, toujours par l’Empereur, de divers détails du service du cabinet.
Et des écritures, il y en avait à faire, ne serait-ce que la rédaction des décrets que l’empereur prit à Grenoble réorganisant la France, rétablissant le drapeau bleu blanc rouge.
Le doyen de la Faculté des Lettres écrivit donc jusqu’au départ de l’empereur, le 9 Mars à midi. Et il continua même ensuite pour rédiger les numéros du journal de l’Isère. Peu de temps après il rencontrait à nouveaux Napoléon, mais à Paris cette fois, où de nouvelles missions de confiance lui furent confiées. Il en profita pour demander la création d’une école de médecine à Grenoble. Ce que son interlocuteur, reconnaissant, ne pouvait évidemment pas refuser.
Et c’est bien vrai que c’est à Grenoble que Napoléon retrouva son titre d’Empereur. Anthelme Troussier, de l’Académie Delphinale, le souligne d’ailleurs fort bien dans son livre « Napoléon, la chevauchée héroïque du retour de l’Ile d’Elbe », paru en 1965.
Il écrit notamment : « Avant Laffrey, le peuple acclame son Empereur. A partir de Laffrey, il l’accueil pour le conduire jusqu’à son trône et l’investir de sa propre souveraineté. L’accueil des humbles, des isolés, confine à la vénération. »
Tous les historiens sont d’accord à ce sujet : avant Grenoble , c’était un homme qui se lançait à la reconquête d’un pouvoir perdu. Après Grenoble, c’est l’empereur qui regagne sa capitale. La rencontre de Laffrey, son arrivée triomphale dans la capitale du Dauphiné, son bref séjour dans la ville au cours duquel il structura une véritable armée et prit des décisions nationales, constituèrent un tournant décisif dans la marche sur Paris, , qui ne pouvait plus être arrêtée désormais.
Malgré quelques obstacles encore, Napoléon allait entrer en grand vainqueur dans la capitale. L’adhésion massive des Dauphinois avait provoqué des ralliements en chaîne.
Le Petit Caporal n’oublia jamais Grenoble et le Dauphiné, très chers à son cœur. Les Dauphinois non plus ne l’oublièrent pas. Et ce sont encore eux qui allèrent jouer un rôle déterminant quelques décennies plus tard, incitant le président de la République Louis-Napoléon, qui leur rendait visite à devenir l’Empereur Napoléon III .
Un prince-président qui, évidemment, avait tenu à coucher à l’Hôtel Napoléon…
Mais, comme disait KIPLING, ceci est une autre histoire…

Claude MULLER.


(1) Après les Cent Jours, le roi de France réinstallé sur son trône, ne manquait pas l’occasion de montrer son hostilité à Grenoble et aux Dauphinois. Tout d’abord, il traduisit Charles de Labedoyère au Conseil de guerre le 4 Août. Le jour même, l’officier supérieur fut fusillé après un simulacre de jugement. Ensuite, il s’empresse de supprimer la Faculté de Lettres qui avait été créée par Napoléon en 1809, réduisant l’importance de la Faculté des Sciences, qui allait devenir la plus petite de France avec trois professeurs seulement. Elle aussi avait été fondée par l’empereur, en 1811…
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